Qu'est-ce que le micro-récit ?

Commençons par une lecture : 

 

 

 

Au Clos Vert

 

 En plein mois de février, l'hiver voudrait s'en aller du Clos Vert, ma maison à la campagne. Ce matin, dans le jardin, un pin avait été envahi par des oiseaux et celui à côté par des écureuils ; j'ai remarqué que les uns n'allaient pas chez les autres : pas un écureuil ne traversa, pas un oiseau ne vint se poser sur leur pin. Mais alors, comment avaient-ils fait ce partage ? Soudainement, voletait d'un pin à l'autre un papillon transparent ; ce n'était que ma pensée qui essayait de comprendre.

 

 

 

Nous nous installons diversement dans la durée littéraire, selon que nous lisions un roman ou une nouvelle brève. Durées l'une et l'autre différentes de celle, plus immédiate, qui relève de la contemplation d'un tableau. Le micro-récit, dans le cadre que lui fait la page, d'où il ne sortira pas, semble combiner ces deux dimensions : lire comme si on regardait un tableau.

 

Il ne quittera pas le cadre de la page, venons-nous de dire ; exigence quantitative seulement en apparence, lorsqu'on comprend que la brièveté est nécessaire à la fulgurance et à l'impact instantané que poursuit le micro-récit.

 

Il faut, naturellement, pour que ceci ne reste pas abstrait, avoir lu des micro-récits, que l'on peut appeler aussi micro-fictions, récits brefs, petites proses... Genre littéraire émergeant, peu pratiqué en langue française, les productions restent éparses, peu connues ; la sélection que nous proposons dans ce site permet cependant de visiter quelques uns de ces petits univers ; le mot univers convient, car rien ne manque au micro-récit dans sa concision : ni autonomie, ni identité, ni spécificité.

 

On constatera à la lecture, que leurs résonances ne sont pas celles des haikus, le plus souvent oraculaires ; ces résonances ne sont pas non plus celles des formes brèves que sont les aphorismes, les maximes, les proverbes, ni non plus celles des pensées ou des fables ; aucune vocation de sentence, d'enseignement ou de morale, n'anime le micro-récit qui, à en croire notre exemple, ne trouve pas son élément dans les profondeurs souterraines où vivent les vérités ultimes, mais au contraire dans les régions des légèretés aériennes. Le micro-récit est léger et facile, il s'interdit de se prendre au sérieux, sans pour autant tomber dans l'humour, car il ne cherche pas à être drôle, sinon tout juste gracieux ; et quand il est rattrapé par les pesanteurs et les gravités du monde, il ne sera ni pathétique, ni dramatique, il sera touchant, pas sentimental.

 

S'il est souvent proche de la poésie, il tient à très grande distance le déclamatoire et le lyrique, tout comme le grandiloquent.

 

Il aime la beauté du langage qui est faite de mots de tous les jours, sans pour autant, bien au contraire, s'interdire la fantaisie qui joue avec la logique et jongle avec les significations ; s'il dit oui aux pirouettes sémantiques, s'il aime le paradoxe, il dit non à la tournure complexe, aux termes savants et aux styles précieux.

 

Parce que leur simplicité est faite de recherche et d’exploration des richesses de la langue, Bruno Germain a cru à la capacité formatrice du micro-récit à l'école, et en a tiré des pistes méthodologiques d'apprentissage de l’écrit qu'on trouvera dans l'ouvrage des éditions Nathan qui a pour nom  Apprendre à écrire, à paraître en janvier 2016, plus précisément au chapitre consacré au micro-récit que nous avons rédigé en collaboration et dont ce site est le prolongement.

 

Ada Teller